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Insécurité au Burkina : « J’ai abandonné 62 vélos neufs, des pièces détachées, mon argent et mes papiers pour me retrouver à Ouahigouya » (A.O.)

Lefaso.net

samedi 26 mars 2022

Thiou, village situé à environ 25 kilomètres de Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord, s’est vidé de son monde en février 2022. Les habitants de cette localité, jadis paisible, ont été sommés un matin par des groupes armés terroristes de quitter le village sous peine de représailles. Depuis lors, la plupart des habitants ont élu domicile à Ouahigouya où ils bénéficient de plus de sécurité. A.O. fait partie des personnes déplacées internes de Thiou. Commerçant de cycles et de pièces détachées, il a tout abandonné dans sa fuite. Nous l’avons rencontré le 13 mars 2022 à Ouahigouya. Il parle, dans cette interview, des attaques dont son village a été victime et de ses conditions de vie dans la capitale de la région du Nord.

Insécurité au Burkina : « J’ai abandonné 62 vélos neufs, des pièces détachées, mon argent et mes papiers pour me retrouver à Ouahigouya » (A.O.)

Lefaso.net : Vous avez été contraint par des terroristes de quitter Thiou, votre village, comment cela a commencé ?

A.O. : Ils ont commencé par des tirs les matins et les soirs. Cela a duré quatre jours. Au cinquième jour, ils m’ont trouvé assis sous un hangar dans ma cour. Ils m’ont conduit dehors, puis m’ont obligé à me coucher sur le sol et ils ont tiré sur le mur. J’ai été recouvert de terre. Après cela, ils m’ont donné dix minutes pour quitter le village. J’ai juste eu le temps de prendre la petite réserve d’essence qui était dans la maison et mon fils pour venir à Ouahigouya. Mes papiers et mon argent sont tous restés dans la maison. Ils ont emporté certains et brûlé les autres.

Depuis quand êtes-vous arrivé à Ouahigouya ?

Je ne me souviens plus de la date exacte mais ça vaut trois semaines que nous sommes là. Je suis actuellement hébergé par un ami de mon fils. La construction n’est pas finie mais nous avons au moins un endroit où dormir pour l’instant. D’autres sont logés ailleurs.

Est-ce qu’il y a encore des gens à Thiou ?

Non. Nous sommes tous partis laissant le village aux terroristes. Ce sont eux qui occupent actuellement tout le village. Ils ont incendié les locaux du commissariat, de la gendarmerie, de la préfecture et même les boutiques.

Pendant les quatre jours de tirs, est-ce que vous avez reçu un soutien quelconque ?

Non. Nous n’avons pas eu de secours.

Et les VDP de Thiou ?

Chacun se cherchait. Au regard du nombre de ceux qui attaquaient, les VDP ne pouvaient pas tenir face à eux. Certains sont actuellement à Ouahigouya. C’est aussi le cas des FDS.

Est-ce qu’ils ont tué des gens à Thiou ?

Ils ont tué des gens à Thiou. J’ai été témoin de la mort d’un jeune. Lorsqu’il les a vus, il a couru pour se cacher et ils ont tiré sur lui. Il est mort sur le champ.

Est-ce qu’il y a eu de la résistance lorsqu’ils ont demandé à la population de quitter le village ?

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A.O et sa famille vivent dans des logements de fortune

Beaucoup de personnes, surtout les autochtones de Thiou, refusaient de partir mais avec l’intensification des tirs, les morts et le fait qu’ils venaient dans les concessions, nous avons dû nous résoudre à partir.

Vous vivez actuellement à Ouahigouya, est-ce que vous craignez toujours que des groupes armés vous attaquent ?

Je vis avec cette peur. En plus de cela, je traîne toujours la psychose de ce que j’ai vécu si bien que je sursaute à chaque fois qu’un sachet éclate.

Est-ce que vous avez rencontré les autorités de la région du Nord depuis votre arrivée à Ouahigouya ?

Pas encore, mais je sais que le chef du village de Thiou et d’autres responsables ont rencontré le gouverneur et les commandants des FDS de la région sur la situation à Thiou.

Quels sont actuellement vos souhaits ?

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L’une des femmes de la famille s’activant à la cuisine

Nous voulons pouvoir retrouver notre village et nos activités. Nous prions que Dieu apaise la situation. Tout, même les installations téléphoniques, a été détruit. Je vendais des vélos et des pièces détachées des motos. J’ai dû abandonner 62 vélos neufs au moment de partir. Il y avait aussi des vélos de seconde main et des pièces détachées. J’ai laissé tout cela pour venir à Ouahigouya. J’ai pu partir avec 3 500 francs CFA que j’avais en poche sinon tout mon argent est resté à Thiou. La situation est vraiment difficile et nous souhaitons pouvoir repartir un jour.

De quoi vivez-vous à Ouahigouya ?

Je vis de ce que je gagne en animant une émission sur l’une des radios de Ouahigouya et de la générosité des gens. Certains me donnent 500, d’autres 1000 francs CFA. C’est avec cela que je nourris ma famille.

Avez-vous un mot à l’endroit des dirigeants du Burkina Faso ?

Je leur demande d’accélérer la lutte contre le terrorisme. Avec la lenteur que nous constatons, les terroristes gagnent progressivement du terrain et la reconquête sera difficile après. C’est cela notre demande à leur endroit.

Jacques Théodore Balima
Lefaso.net

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