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Commune d’Arbollé : « Il n’y a pas de crise d’eau », se défend le maire Boureima Ouédraogo

LEFASO.NET

mercredi 24 avril 2019

Arbollé, commune rurale située à 80 km au Nord de Ouagadougou, a-t-elle soif ? Dans son intervention à l’émission interactive « Affairages » sur la radio Ouaga FM, le mardi 2 avril 2019, une résidente de la commune a relevé des problèmes d’eau que vit la commune depuis quelques jours. Une situation qui l’obligerait à prendre sa douche avec les eaux conditionnées en sachets. En réaction, le maire a apporté un démenti sur les ondes de la radio. Quelle est la situation sur le terrain ? Nous y avons fait un tour. Constat.

Commune d’Arbollé : « Il n’y a pas de crise d’eau », se défend le maire Boureima Ouédraogo

L’eau, une denrée rare en période chaude aussi bien dans les centres urbains qu’en milieu rural. Loin de Ouagadougou, la capitale burkinabè, Alimata Ouédraogo, résidant à Zan, un quartier de la commune d’Arbollé, se fraie un chemin entre bidons et autres récipients pour saisir la puisette et l’envoyer d’un geste rapide au fond d’un puits à grand diamètre, profond de 15m. Il est 10h. Il lui faudra trois quarts d’heure pour remplir ses 10 bidons de 20 litres chacun. C’est la ration quotidienne pour sa famille. Mais ce n’est pas assez pour la préparation de son dolo prisé par ceux qui aiment bien se rafraîchir le gosier en ces temps de forte chaleur.

La promiscuité n’est pas toujours évidente

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Quand le soleil est haut dans le ciel, l’eau se fait très rare dans le puits à grand diamètre de Zan

Arrivée en trombe sur les lieux, Alimata Bèla espère remplir également son récipient avant que le soleil ne soit au zénith. « À midi, il n’y a plus d’eau. Il faut attendre quelques heures avant que l’eau ne remonte dans le puits », nous informe une autre dame, arrivée à califourchon sur sa bicyclette, avant de poursuivre : « C’est dur mais nous préférons l’eau des forages et surtout des puits, car nous n’avons pas d’argent pour nous approvisionner dans les bornes-fontaines ».

À quelques jets de pierre de là, un établissement scolaire. Le Collège d’enseignement général (CEG) d’Arbollé et son forage équipé en pompe Volanta. « Mais depuis quelques années, l’ouvrage est hors service », nous explique Jean Marie Djiguemdé, élève en classe de 1re D. Du coup, les élèves sont obligés de se rabattre sur un autre forage situé derrière les salles de classes. Même si les élèves bénéficient parfois de la sympathie de certains usagers, la promiscuité n’est pas toujours évidente. « Souvent, les élèves repartent bredouilles avec leurs bidons pour ne pas rater les cours de 15h », fait remarquer Jacqueline Kébré.

Non loin du CEG, trône la radio communautaire Femmes-Développement qui ouvre quotidiennement ses portes, jusqu’à 22h, aux habitants qui veulent se ravitailler en eau à son forage. À notre arrivée, l’affluence est moindre. Mais un animateur, qui a requis l’anonymat, explique que les bousculades sont fréquentes par moments puisque l’eau y est gratuite. Aussi, les réparations sont prises en charge par le promoteur de la radio.

« C’est un peu exagéré, même si… »

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Groupe électrogène en panne en attente d’être réparée

Arbollé, commune de 65 000 habitants, a certes des problèmes d’eau comme la plupart des communes du pays. Mais la situation est-elle si criarde au point que certains prennent leur douche avec les sachets d’eau de 25 F ? « Non ! C’est un peu exagéré, même s’il y a beaucoup de pompes, de forages qui sont en panne », répondront sans détours tous ceux que nous avons approchés durant notre séjour de 72h. Et pourtant, à l’émission « Affairages » sur les antennes de Ouaga FM, une dame, qui dit être une institutrice, n’est pas passée par quatre chemins pour dépeindre le calvaire qu’elle vit et qui l’oblige souvent à prendre sa douche avec les eaux conditionnées en sachets.

Une cabale ?

« Quand j’ai appris ça, je suis tombé malade. J’ai reçu le coup de fil vers 20h m’informant de l’appel passé par l’enseignante. Puisque je ne suis pas résident, j’ai passé un coup de fil à mon premier adjoint. Par la suite, je suis entré en contact avec Ouaga Fm, et je me suis expliqué. Nous avons certes quatre forages qui sont en panne mais douze sont fonctionnels », a expliqué le maire de la commune d’Arbollé, Boureima Ouédraogo. Pour lui, il s’agit tout simplement d’une cabale organisée par ses détracteurs, au sein même de sa propre famille politique, le MPP.

« Nous avons le minimum »

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Borne fontaine alimentée à partir d’une AEPS électrique

« Que l’eau soit insuffisante, je ne dis pas non, mais nous n’avons pas de crise d’eau à Arbollé. Nous avons des forages presque dans tous les villages. Il n’y a pas un seul village sans forage. Il y a des villages où il y a trois, quatre, voire cinq forages. Au niveau du chef-lieu de la commune, nous avons deux Adductions d’eau potable simplifiée (AEPS). Nous avons une adduction avec système solaire et une adduction avec système électrique. En dehors des pannes qui peuvent intervenir au niveau de l’AEPS du fait d’une coupure d’électricité de la SONABEL, nous pouvons dire que nous avons le minimum pour permettre à la population de vivre plus ou moins à l’aise », soutient l’édile de la commune.

Pour ce dernier, même si le conseil municipal qu’il dirige depuis 2016 a fait de l’éducation, la priorité des priorités, il n’en demeure pas moins que des actions ont été menées dans le domaine de l’eau. En témoignent, selon lui, la quarantaine de forages réalisés et la cinquantaine réhabilités dans les 48 villages que compte la commune. « Depuis 2016, nous sommes à près de 900 millions d’investissement avec plus de 250 millions pour le secteur de l’eau », répète-t-il à qui veut l’entendre.

L’affermage comme option

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Boureima Ouédraogo, maire de la commune d’Arbollé

Selon Boureima Ouédraogo, la commune va bientôt passer à une nouvelle étape de la gestion de ses bornes-fontaines. Elle a signé un contrat avec la société PPI pour une gestion par affermage sur une durée de 15 ans. « Les procédures administratives pour réparer un forage peuvent prendre un à trois mois. PPI a de l’expérience, du personnel et peut juguler les pannes le plus rapidement possible », se convainc le maire.

Ce contrat aura-t-il une incidence sur le coût de l’eau, qui est actuellement de 25 F les deux bidons de 20 litres et de 100 F, la barrique de 200 litres ? À cette question, le maire rassure : « Nous n’avons pas signé ce contrat les yeux fermés. PPI doit reverser des ristournes au budget communal. PPI prend en compte les grosses pannes et la gestion. Nous pouvons revenir sur ce contrat mais nous ne le souhaitons pas. Nous avons passé dix jours en atelier avec la directrice régionale de l’eau du Nord. Tous les prix ont été arrêtés. PPI ne peut pas augmenter les prix. Les prix vont rester en l’état, sinon même qu’ils peuvent baisser ».

Le doute au sein de la population

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Chateau d’eau de l’AEPS solaire au quartier non-loti de Saaba à Arbollé

« On n’est pas encore sorti de l’auberge. La gestion des fontaines laisse perplexe. Vu ce que nous avons vécu de par le passé, nous préférons suivre nos autorités de loin. On ne leur fait pas confiance. En pays mossi, on dit que lorsqu’on a été piqué par un serpent, on se méfie d’une corde dans la nuit. Wait and see », prévient un acteur de l’éducation, arrivé à Arbollé en 2012. Pourquoi un tel scepticisme ?

En effet, la gestion par affermage n’est pas nouvelle dans la commune, car l’ancien conseil municipal avait déjà tenté l’aventure. Mais leurs investissements ont été vains. Ils avaient tenté de faire fonctionner l’AEPS à partir de groupes électrogènes. Trois groupes ont été utilisés et des dizaines de millions dépensés. Ce serait donc face à cette situation que l’actuel conseil municipal aurait décidé d’apporter l’électricité sur le site et de réhabiliter les installations à hauteur de 30 millions de francs CFA.

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Forage en panne dans la cour de la mairie

Puisque le fonctionnement des bornes-fontaines est tributaire de l’électricité fournie par la SONABEL, les autorités municipales ne gagneraient-elles pas à expérimenter l’énergie solaire comme source supplémentaire ? À cette question, le maire d’Arbollé indique que le budget communal reste insuffisant même s’il a été quadruplé (près de 80 millions de francs CFA) depuis l’arrivée du conseil municipal. « Je n’aime pas le saupoudrage. Nous évitons de mener une politique qui consiste à nous faire réélire systématiquement », a-t-il déclaré, avant de laisser entendre que le groupe électrogène en panne sera bientôt réparé.

En attendant, Jacqueline Kebré, Alimata Bèla, Jean Marie Djiguemdé et les autres veulent de l’eau. « Peu importe, que ce soit l’eau des bornes-fontaines, des forages ou des puits. Nous voulons juste de l’eau », a plaidé Jacqueline.

HFB
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